Projet


Notre projet pour la saison 2020/2021 : Sizwe Banzi is dead

Note d'intention :

La chambre forte des rêves

Qu’est-ce que Sizwe Banzi is dead, pièce écrite en plein apartheid, continue à nous dire ? Quel miroir nous offre-t-elle aujourd’hui   ?
C’est une pièce merveilleuse et puissante. Sous une forme théâtrale, c’est un manuel pratique de liberté et d’éveils de conscience.  Comment affirmer sa dignité et sa liberté face à des obstacles qui dépassent nos propres moyens ?
Cette pièce réussit à nous faire voir les questions d’identité de manière existentielle et universelle : qui sommes-nous vraiment ? Que faisons-nous de notre vie ? Les protagonistes nous confrontent à la nécessité de retrouver un sens,  ce sont bien des héros  de notre temps.
Il y est question de survie, avec des situations de domination sociale et raciale, mais les personnages ne sont pas des survivants, ce sont  des ”super-vivants”. Le titre signifie pour moi “renaissance” et une forme de résilience est à l’œuvre dans l’action : voilà une autre part de sa modernité.
 C’est une philosophie en actes. Les personnages expriment leur vitalité, leur humour, leur grandeur, et affirment leur liberté intérieure « We are free spirits » déclare  John Kani à propos de son parcours artistique.
Cette pièce provient d’une nécessité, celle de raconter et d’incarner. Avec elle j’ai la sensation de revenir à l’origine de mon travail ;   pourquoi j’ai fait le choix du théâtre.

Improvisations, expériences partagées, recherche commune, les  trois concepteurs du texte, ont nourri les personnages de leur propre vie.
Mais alors comment être à la bonne hauteur pour incarner ce texte ? Comment faire vivre avec authenticité cette histoire où personnages, acteurs, créateurs de la pièce et situation politique sont tellement intriqués ?  

Pour se connecter à l’énergie première, à  la vibration de cette pièce, la source est pour moi, à partir de scènes clés, le théâtre lui même dans sa grande dimension :  un espace tragique et poétique, ou un espace de la grande farce. Styles et Sizwe, c’est le Fou du Roi Lear et Antigone en Afrique du Sud. Ce qu’ils décident aux moments cruciaux, est hors cadre, ce sont des décisions folles, des actes fous, une fureur sacrée, une vision. C’est ce qui les rend les libres et les achemine vers un “foutu miracle”.
La pièce demande aux acteurs un engagement puissant, une souplesse pour investir les différents espaces de jeu, et une jubilation intérieure : art du conteur dans l’adresse directe au public,  allers-retours vers une forme de quatrième mur,  registres tour à tour intime, comique ou tragique.

La mise en scène de cette pièce doit être simple et directe, tendre un fil entre matière brute et poésie, pour ces histoires de métamorphose. Quelle scénographie ? Un plateau nu avec des coulisses et une machinerie à vue. De rares accessoires, fils, lampes ou projecteurs rudimentaires, un parapluie de studio destiné à réfléchir les faisceaux, un micro… Des matériaux brut, comme issus de récupération. Le studio de photo est un espace intérieur, c’est à dire une scène. La lumière jouera un rôle déterminant pour structurer ce plateau nu. D’un cercle très resserré pour l’espace du conteur, à des découpes au sol pour le studio ou la maison de Buntu, s’élargissant au plateau tout entier, des projecteurs latéraux sur pied, seront les réverbères pour les rues nocturnes  de New Brighton.

“Souris… souris..” Cette dernière réplique ambiguë invite Sizwe, conscient de toutes les souffrances, à redonner du jeu aux mécaniques implacables de la réalité, tant pour évoquer Schiller, le jeu est l’humanité même de l’homme. La chambre forte des rêves qu’est le studio photo n’est pas une fuite des personnages, c’est leur être même qui veut se manifester.

Jean-Michel Vier